La tuberculose bovine, une maladie surveillée chez les animaux domestiques et sauvages
La tuberculose bovine est une maladie animale transmissible à l'Homme et affectant principalement les élevages bovins. Depuis 2001, la France dispose du statut indemne de la maladie, toutefois, quelques foyers d’infection persistent dans certains départements et font l’objet aujourd’hui de mesures de surveillance et de gestion spécifiques permettant de conserver ce statut. Présentation de cette pathologie, de la situation de la maladie en France et du rôle de l’Agence sur cette maladie.
Qu’est-ce que la tuberculose bovine ?
La tuberculose bovine est une maladie infectieuse transmissible à l'homme (zoonose) causée principalement par la bactérie Mycobacterium bovis (M. bovis). Cette bactérie peut infecter de nombreuses espèces domestiques et sauvages, particulièrement les bovins et les cervidés, mais aussi les sangliers, blaireaux ou renards.
Chez les bovins, l’infection est souvent inapparente, les symptômes cliniques n’apparaissant que tardivement au cours d’une évolution qui est en général très longue. Ce sont notamment les pertes indirectes que cette maladie génère qui ont un fort impact économique pour la filière (impossibilité de vendre des animaux vivants, le lait cru, les semences, etc.)
Depuis 2001, la France est considérée comme officiellement indemne de tuberculose bovine par l’Union européenne, malgré la persistance chaque année d’une centaine de foyers en élevage. Dans certaines régions, particulièrement la Nouvelle Aquitaine, on constate une augmentation régulière depuis 2004
Les critères de statut indemne pour la tuberculose bovine
- Pour l’obtention du statut officiellement indemne, la prévalence annuelle des troupeaux infectés doit être inférieure à 0,1% pendant six ans.
- Pour le maintien du statut, le taux de troupeaux officiellement indemnes doit être supérieur à 99,9% au 31 décembre de chaque année et le pays doit démontrer des bonnes capacités de surveillance tout en respectant la réglementation européenne relative à la tuberculose (Directive 64/432).
Comment se transmet la tuberculose bovine ?
La tuberculose bovine se transmet le plus souvent par voie respiratoire, même si la voie digestive peut exister également. Les bovins domestiques sont les hôtes de maintien principaux de l’infection à M. bovis (sauf cas exceptionnels), c’est-à-dire que la maladie se transmet d’abord et avant tout de bovin infecté à bovin sain. Les hôtes de maintien sont capables de maintenir l’infection entre individus de la même espèce au sein d’une même population, sans source extérieure, et de la transmettre à d’autres espèces réceptives. L’éradication de la tuberculose bovine passe avant tout par la lutte contre cette infection en élevage.
Les bovins peuvent dans certains cas excréter la bactérie et contaminer l’Homme, ainsi que d’autres mammifères, par voie directe (aérosols), mais aussi indirecte car la bactérie peut survivre pendant plusieurs mois dans l’environnement dans certaines conditions. Ainsi, des animaux de la faune sauvage, notamment les sangliers, blaireaux et cerfs, peuvent également contracter l’infection, et sont susceptibles de contaminer à leur tour les élevages. En dehors de cas exceptionnels, on considère cependant que ces populations sauvages jouent le rôle d’hôtes de liaison, incapables de maintenir l’infection de manière pérenne sans source de contamination extérieure, mais toutefois capables de la transmettre à une autre population, domestique ou sauvage.
La mise en évidence de l’importance de la faune sauvage dans la transmission de la maladie a conduit à un renforcement du dépistage de l’infection dans ces populations autour des foyers domestiques. Une surveillance de la faune sauvage, via le réseau de surveillance Sylvatub, est effectuée afin de mettre en œuvre des mesures de lutte et éviter que l’infection ne se pérennise dans ces populations, ou que certaines d’entre elles puissent jouer un rôle d’hôte de maintien, comme cela a pu être observé dans d’autres pays (par exemple, les populations de blaireaux en Grande-Bretagne, et celles de sanglier dans certaines zones d’Espagne).
Les travaux de l'Anses sur la tuberculose bovine
Mieux connaître la tuberculose bovine et comment elle se transmet
Des laboratoires de l’Anses mènent d’importants travaux de recherche sur la tuberculose bovine. Il s’agit du Laboratoire de la Rage et de la Faune Sauvage à Nancy et du Laboratoire de Santé Animale de Maisons-Alfort où se trouve le Laboratoire National de Référence pour la tuberculose (LNR). Le LNR est notamment chargé de développer des méthodes d’analyse permettant la surveillance de cette maladie, et de transférer ces méthodes au réseau de laboratoires agréés qu’il anime sur le territoire français.
Les principaux travaux de recherche que l’Agence réalise visent l’amélioration des connaissances de l’infection à M. bovis dans la population domestique et la faune sauvage afin de comprendre les réseaux de transmission entre ces deux types de populations :
- études des rôles des différentes espèces de la faune sauvage dans le maintien de l’infection et de la transmission directe entre les animaux ou indirecte par contamination de l’environnement ;
- modélisation des interactions entre les différentes espèces infectées et leur environnement, pour améliorer le contrôle de la maladie chez les animaux ;
- caractérisation des différences de virulence éventuelles entre les souches de Mycobacterium bovis dans les régions affectées.
Parmi les travaux menés, le LNR pour la tuberculose participe depuis juin 2020 au projet Innotub Poctefa (Réseau transpyrénéen de recherche et développement d'outils innovants pour le contrôle de la tuberculose animale), financé par le Programme européen Interreg Poctefa et les Fonds européen de développement régional (FEDER), dans le cadre des projets de coopération transfrontalière entre l’Espagne, la France et l’Andorre. L’objectif du projet est de créer un réseau scientifique d’excellence transpyrénéen, pour améliorer le contrôle et la surveillance de la tuberculose chez les animaux d’élevage et dans la faune sauvage.
L’Anses contribue également à des travaux de recherche sur la mise au point d’un vaccin oral pour les blaireaux comme mesure préventive pour maîtriser l’infection de la faune dans certaines conditions. Ces travaux sont conduits en collaboration avec des équipes au Royaume Uni, en Espagne et aux États-Unis.
Evaluer les risques et les mesures de surveillance et de lutte
L’Agence mène également depuis plusieurs années des travaux d’évaluation des risques et d’appui réglementaire aux pouvoirs publics vis-à-vis de cette maladie. Depuis 2005, plus d’une vingtaine d’avis et rapports sur la tuberculose bovine ont été publiés. Parmi ses travaux d’expertise, l’Agence a publié en 2011 un rapport sur la tuberculose bovine et la faune sauvage (PDF) avec des recommandations de gestion des animaux sauvages infectés par la tuberculose bovine, notamment sur les modalités de piégeage et/ou de destruction des terriers de blaireaux. En 2019, l’Agence a été saisie par quatre associations de protection de la nature en ce qui concerne la gestion des populations de blaireaux dans la lutte contre la tuberculose bovine (PDF). Après avoir analysé l’ensemble des données disponibles, à la fois sur les populations de blaireaux et sur leur statut sanitaire, l’Agence a souligné que la réglementation actuelle encadre précisément les mesures de surveillance et de lutte conduisant à l’élimination d’animaux sauvages, selon les niveaux d’infection et les zones. À ce titre, les mesures de lutte chez les blaireaux ne peuvent être mises en œuvre que dans une zone délimitée, déterminée sur la base des données de la surveillance, sur une période donnée et régulièrement réévaluée en fonction des résultats de la surveillance. Ces mesures concernent uniquement les zones à risque dans quelques départements en France, ce qui représente moins de 4 % du territoire métropolitain. À l’échelle nationale, ces mesures ne menacent pas l’espèce.
Suite à une saisine de la DGAL, l’Anses a rendu un avis en février 2021 sur le rôle du renard dans la transmission de la tuberculose bovine (PDF). L’Agence a conclu que cet espèce animale peut effectivement contribuer à la transmission de la maladie, mais que du fait de son mode de vie et du renouvellement rapide de sa population, son rôle est probablement moins important que celui d’autres espèces sauvages, comme le blaireau ou le sanglier. Les mesures de gestion sont à prendre au cas par cas et localement, à proximité immédiate des exploitations contaminées. Cet avis précise que l’élimination préventive des renards, comme des blaireaux ou d’autres espèces sauvages, ne peut en aucun cas être justifiée au motif de la lutte contre la tuberculose.